Bonjour à tous, compagnons de cette 3e B3, mais aussi puisque souvent ce furent les mêmes, anciens de la 6eA7 (56-57), de la 5eA7 (57-58), 5e A5 (58-59)-je redoublais cette année-là merci au prof de maths, l' ignoble "BLANC"!
Curieusement, avec notre nouveau prof. M. AVON, je récoltais d'excellentes notes et une place de deuxième au 2e trimestre et de 6e au 3e trimestre, moi le nul en maths...
Puis ce fut la 4e B3, la 3eB3, la 2nde B2, tronquée à cause de la situation dramatique à partir de mars 62...Vous vous en êtes bien souvenu, puisque nous étions pratiquement les mêmes en 3e et 2nde...
Puisque j'évoque cette période si funeste hélas, aujourd'hui, 13 MAI, je me demandais : "que faisais-je en ce mois de mai 58? "
C'était l' année de mes douze ans, que j'aurais en septembre, et un évènement extraordinaire venait de se produire dans notre pays déchiré...
Oui, ce 13 Mai, nous avions cru à une fin heureuse possible au drame que nous vivions depuis quatre ans...
Oui, on avait vu des milliersde musulmans -hommes et femmes- crier "Algérie Française" sur la place du Gouvernement à Alger...Oui, des jeunes femmes musulmanes se débarassaient publiquement du voile blanc (" le haïk") dont elles s'entouraient pour marcher dans la rue  et le lançaient dans les flammes joyeuses des feux allumés pour bien signifier au monde qu'elles voulaient être les égales des hommes en général et des femmes européennes en particulier...
Oui la peur avait disparu...
Hélas derrière cette euphorie toute naïve et méditerranéenne se tramait une des pires trahisons du siècle, dont un personnage "historique" devait être l'initiateur...
Repoussant la réticence et le mépris qu'il portait à ce peuple de "français de deuxième zone" qui pourtant avaient payé de leur part de sang la victoire des "Alliés", sans oublier 14-18 et l' Indochine, et malgré sa conviction que jamais Mohammed ou Kader ne feraient de "vrais Français", eux pourtant qui, aux côtés de leurs frères d'armes venus du Sénégal, de Madagascar et d'autres pays africains, mêlés à leurs autres compagnons de souche Alsacienne, Espagnole, Maltaise, Italienne, Corse, cathos, protestants, athées, juifs, et musulmans évidemment,sétaient battus et avaient payé le prix fort souvant, le "colonel devenu général en passant le Channel en 40" , s'était commis à crier "vive l' Algérie française..."
Et en ces beaux jours de Mai 58, voilà que je me retrouvais avec mes parents, marchant au milieu d'une foule bigarrée où l'on parlait Espagnol, Arabe, Kabyle, Napolitain et même...Français(mais avec accent "patatouète" tout de même !)...J' étais en costume de fête, mon père devait arborer fièrement sa décoration militaire et son insigne de caporal-chef; en guise de cravate j'avais un ruban tricolore qui formait un noeud-papillon avec deux pans retombant le long du plastron et je tenais fièrement un petit drapeau tricolore, comme tous les gens qui composaient cette foule immense...J'imagine bien quinze, vingt ou trente mille personnes...Des Arabes, anciens combattants, avaient revêtus leurs beaux atours et coiffés souvent de leur chèche ils avaient épinglés leurs décoration sur leur vieille veste militaire...Ils formaient des groupes "d'anciens du 3e Tirailleurs ou autres Spahis", drapeaux en tête, et tout ce monde se dirigeait vers le stade de football municipal "STADE FOUQUES-DUPARC" pour un meeting "historique" au cours duquel nous devions écouter JACQUES SOUSTELLE, un des grands défenseurs de l' Algérie française...Aucune photo personnelle de cette journée mémorable, sinon celles que m' a adressé il y quelques années un de nos "compatriotes", et que j'essaierai de faire apparaître sur ce même blog...On y voit nettement une foule bigarrée, où se mêlent civils et quelques militaires, Européens, Berbères, femmes, hommes enfants et ados, vieillards (anciens de 14-18 )...
Bref, une seule bannière, un seul drapeau, un seul cri "Vive l' Algérie Française"...Voilà tout ! Mais il est long le voyage de Dunkerque à Tamanrasset !
Quatre années plus tard, avec vous mes amis -et nous l'avons évoqué lors de nos magnifiques premières retrouvailles du 25 Avri-l, nous marchions ensemble vers le lycée de jeunes filles Ali-Chekkal pour rallier ces demoiselles à notre cause de la "protection des écoles", et notre belle épopée s'est arrêtée lorsque qu'un barrage de gendarmes mobiles nous a accueilli avec quelques grenades lacrymogènes, et comme l'effet dissuasif n'était pas suffisant, la mitrailleuse calibre 12.7mm de leur véhicule blindé a lâché quelques rafales au dessus de nos têtes...
Inutile de préciser que nous n'étions pas de taille à lutter...Et nous n'avions sur nous ni armes, ni pierres, ni molotov, tout au plus des petites pancartes en carton siglée "Protection des écoles"...Nous n'insultions pas la patrie, au contraire...
La fin approchait, nous n'aurions pas vraiment d'adolescence, car, à peine entamée, nous devrions devenir adultes, affronter un exode, mais avant cela quelques semaines insoutenables encore...
Evidemment, cela semble avoir été plus facile de mettre un couvercle de plomb et de béton là-dessus que sur un puits de pétrole en perdition, mais pouvons-nous oublier...Pardonner peut-être, comprendre sans doute...

Mes amis, sans doute ai-je été un peu amer, ce n'est pas mon habitude, mais chaque année à cette date-là, je ressens exactement la même chose depuis cinquante ans...

Mais comme chez nous, le soleil vient beaucoup plus souvent que la pluie, j'aimerais rappeler nos belles retrouvailles dans le cadre idyllique et avec l'accueil charmant de notre camarade Daniel POUILLY et de sa gracieuse épouse Monique ! Si chaleureux que j'y retourne demain pour visiter deux/trois châteaux !

Ces retrouvailles seront je l'espère les premières d'une série, à l'instar d'ailleurs de certaines associations constituées d' anciens d ' Ardaillon, ou des "potaches" du Lycée etc...

Grâce à elles, j'ai pu avoir a-posteriori des contacts avec d'autres copains d'autres classes, qui m'ont fourni des fac-similés de Palmarès des 6e A7, 5eA7, où je retrouve encore les noms de ...POUILLY par exemple !
Et je me suis aperçu que l'un de mes deux meilleurs amis, Jean-Charles MALVY que je croyais avoir rencontré pour la première fois en 1963 , toujours à Oran, et qui vit depuis vingt-cinq ans à NASHVILLE (Tennessee), était en fait en classe de 6e A7 avec nous...Si quelqu'un se souvient de lui- il n'a passé que cette année-là à Oran car il arrivait d'Indochine où son père avait été en poste, pour repartir à Washington jusqu'en fin 62 (Il était pourtant né à Oran (fin 43) et avait vécu sa petite enfance rue du Citoyen-Bézy) -,  qu'il me le dise, merci !

J'espère que ces quelques lignes n'auront pas trop attristé ces journées "de printemps" ??? Nos compatriotes nostalgiques se retrouvent encore à Nîmes à cette occasion de l' Ascension, mais je crois que le nombre des participants va se réduisant, et c'est logique- Personnellement je n'y suis jamais allé- Il aurait fallu créer une véritable association pour y faire bonne figure...Malgré les apparences, j' ai toujours préféré me projeter dans l' avenir -sans renier le passé au contraire- mais comme j'aime à dire, paraphrasant notre prof de philo Vié Le Sage "on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve..."

A Bientôt amis !

Richard