Bonjour, amis fidèles de notre cher Lycée...
Hier, à Toulouse, un monstre psychopathe a commis une des pires barbaries qui puissent être...
J'ai déjà exprimé sur mon blog musical et sur facebook ce que je ressens...
Mais cette triste affaire a réveillé un vieux souvenir enfoui depuis cinquante ans ... Mon cher compagnon Pierre BOURNAT, tu t'es bien souvenu, toi aussi de cette histoire qui aurait pu tourner en tragédie, et que nous vécûmes en 62 avec une bonne centaine-peut-être plus- de copains de lycée...Cet épisode, ô combien marquant et typique des souffrances que nous avons endurées en ces années d'adolescence, il me revenait de temps à autre, mais je voyais bien dans le regard incrédule de mes interlocuteurs, y compris mes proches, que le doute quant à l' authenticité de mes propos venait altérer mes révélations, jusqu'au jour où te retrouvant, cher Pierre, tu as pu confirmer mes dires...Pour ceux qui ne l'auraient pas vécu ou l'auraient refoulé, voici ce dont il s'agit:

Un certain jour au début du printemps 1962, alors que notre cher Lycée n' avait pas encore été réquisitionné pour servir de garnison au reîtres envoyés par le pouvoir gaullien afin de "mater les ultras de l' Algérie française", les "grands" (classes de premiere et terminales) avaient organisés un manifestation bien pacifique, pour réclamer une protection policière ou militaire à l'entrée des écoles, suite à l' assassinat d'un adolescent par un terroriste FLN, devant un établissement scolaire...
Entraînés dans le feu de l' action, nous, élèves de seconde, l'année de nos seize ans, défilions dans la rue Alsace-Lorraine, avec pour toute arme de simples écriteaux de carton au bout de tasseaux, portant l'inscription "PROTEGEZ NOS ECOLES" , slogan que nous scandions en nous dirigeant vers le Lycée de jeunes filles (Stéphane Gsell ou Ali Shekall je ne me souviens plus) dans le but de ralllier nos "compagnes" à notre "cause" - J'imagine aussi qu'en ces jours de printemps, tout émoustillés que nous étions par les montées de sève juvénile, nos intentions étaient d'autant moins "politiques" que le soleil radieusement algérien brillait et que l'occasion était belle de "sécher" et qui sait peut être de lier connaissance en vue d'une proche sortie à la plage...
Magie de la jeunesse qui nous faisait , au coeur même d'une tragédie dont le dénouement approchait inéluctablement, oublier momentanément la gravité de la situation pour faire place à la légéreté toute naturelle qu'il sied à des gars de quinze à dix-huit ans qui vont à la rencontre probable de filles du même âge...
Hélas, la dure réalité qui nous attendait ne nous permit pas ce jour là d'accomplir notre dessein (amusant comme mot , encore un lapsus révélateur, peut-être voulais-je écrire "d'approcher au plus près des seins..." ? Non, je dis bien ce qu'il en était...)
Alors que nous avancions dans un joyeux désordre-malgré le sérieux de notre revendication-, tout en scandant "PRO-TEC-TION-DES-ECOLES !!! " mes camarades et moi vîmes au bout de la rue une section de "gardes mobiles" qui entouraient un blindé...Etait-ce un "half-track" ou un de ces "AMX à SIX ROUES" (je crois PAnhard d' ailleurs),je ne sais plus, mais en tout cas, ce que je distinguai parfaitement, c'était la mitrailleuse de 12,7mm dont le canon pointait en notre direction...Les mines patibulaires des militaires, casqués, revêtus de lourds gilets pare-balles, le fusil "mousqueton" ou la "MAT 49 " -mitraillette en usage à l' époque- , en main, pas plus que les grenades lacrymogènes (voire pire) dont ils feraient naturellement usage , n'avaient  ralenti notre marche et nous étions encore à bonne distance lorsque nous vîmes tressauter le canon de la mitrailleuse et le sifflemnt des projectiles se fit entendre-bien au-dessus de nos têtes il est vrai, peut-être quatre ou cinq mètres, mais croyez-moi, ces bruits déchirant l' air et s'ajoutant au pom-pom-pom- caractéristique  avaient suffi en quelques secondes à nous faire détaler par les rues tranversales...
Ainsi s'acheva ,notre marche "glorieuse"...
J' avais rejoint mon autre ami d'enfance, Georges HERNANDEZ dit "Georget" , qui s'était replié vers le lycée et nous sautâmes sur sa belle mobylette "Mobymatic sport" pour fuir le théâtre de ce qui aurait pu être une "répétition tragique" du massacre de la rue d' Isly à Alger, qui interviendrait quelques semaines après...
Là hélas,ce 26 Mars,  l' armée française a utilisé sa puissance mortelle (une centaine de victimes dans la réalité) contre des citoyens sans armes et sans défenses, qui apportaient des paniers de victuailles à leurs concitoyens affamés par le blocus de BAB EL OUED...
En ce qui nous concerne, les sbires gaulliens(pour la plupart des condamnés à des peines légères en "métropole" qu'on avait amnistiés en échange d'un engagement dans ces forces spécialement chargées de "mater les ultras de l' O.A.S."), s'étaient contentés de tirer des rafales de semonce , mais nous étions presque encore des enfants ... Pas étonnant que nombre d'entre nous peuvent dire qu'ils n'ont plus jamais été adolescents...
Six mois après nous étions définitivement éparpillés, sans espoir de se revoir, sinon par hasard, pendant quarante ans...
Evidemment je ne compare pas ces "soldats" qui obéissaient à des ordres, au criminel qui a sévi hier dans cette école, mais j'ai simplement pensé à cette "protection des écoles" en constatant avec quelle facilité cet individu a pu accomplir ces atrocités, et repartir sans être inquiété...

Je pense aussi à notre petite compatriote Frédérique DUBITON, qui elle, perdit une jambe à douze ans, la même année, tandis qu'elle étendait du linge avec sa mère sur la terrasse de leur immeuble, victime d'une "erreur de tir"
de notre armée qui avait confondu les deux innocentes avec des "ultras" comme on disait dans la presse...

Les élections approchent, ne nous trompons pas de combat...La démocratie et la justice doivent triompher à la foois du laxisme et des extrémismes...Afin que nos petits-enfants ne connaissent pas la douleur d'être privés du droit le plus élémentaire au bonheur de vivre dans l'insouciance et le bonheur de l'enfance et de la vie tout simplement !

J'espère que tous ces tourments s'effaceront les 12 et 13 Mai -dates bien symboliques !- face à l' Océan et à la Dune du Pyla (Ah, si c'était celle du Cap-Falcon ou des Coralès...)

Amitiés

Richard